COMMENT NAISSENT LES IDEES

 

  Les idées naissent toujours d'un contact avec une réalité, sachant que les idées sont elles-mêmes des réalités.

 

  Quand on rencontre pour la première fois une personne, on s'en fait immédiatement une idée, une certaine idée. Celle-ci a trait à l'apparence sensible ou aux qualités que son comportement suggère. Une émotion ou un sentiment devant un paysage ou une oeuvre d'art signalent aussi une idée, masquée cependant, jusqu'à en être parfois complètement occultée par la réaction affective.

 

  Il en va de même sur les plans intérieurs. Lorsque le mental est dirigé verticalement, selon la pratique des grands créateurs: poètes, scientifiques, religieux autonomes et autres philosophes, la perception des idées en résulte parfois. Ainsi de Newton avec la découverte de l'attraction universelle. On touche à ce que Platon appellait " le monde des Idées ", dont l'expérience voit le mental inondé d'un flot de pensées

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  Mais ces idées elles-mêmes sont le fruit du contact de réalités plus élevées par des esprits plus aiguisés. Celui, par exemple, qui se montre capable de toucher intelligemment à l'amour spirituel pourra en décliner la perception en un certain nombre de qualités humaines, autant d'idées qui fourniront une approche de cette réalité à d'autres. Quand, à l'expérience de la grande renonciation, ou grande libération, un vibrant contact est établi avec le Logos planétaire, l'idée d'un Dieu destructeur naît spontanément dans l'esprit ( le Shiva des orientaux ). Cela ne veut pas dire que cette idée soit essentielle, de la même façon que la lecture d'un roman ne nous révèle pas nécessairement toute la psyché de l'auteur.

 

  Les réalités sont, bien sûr, d'ordres divers. Elles sont de nature sensorielle, affective, mentale, spirituelle, divine...Mais toujours un mental est affecté, l'idée étant précisément la réaction de ce mental aux divers aspects de la réalité. Le mental est la substance qui permet le contact, et, éventuellement, l'intégration de ces contacts, de ces expériences, de ces idées par la conscience pour en faire une sagesse. Le mental est alors l'oeil de l'âme.

 

  Lorsqu'un esprit fonctionne intuitivement, la source de ses contacts est en premier ce monde des idées dont nous avons parlé. L'idée saisie illumine le mental d'une lumière que l'on dit naturelle. Mais le sujet de l'intuition, s'il répond à l'illumination, n'en perçoit pas la source, pas plus qu'il ne voit venir à lui l'idée qui l'envahit soudain. Plus avant, il aura la perception de la source sous forme d'une abondance d'idées disponibles que son mental traduit spontanément en un certain nombre de formes, formes relatives à la constitution de son mental concret ( ses habitudes de pensée, ses concepts ...). Enfin il verra venir à lui des intuitions qui revêtent  un caractère immédiat de certitude et de parfaite simplicité. Il n'y a plus, alors, la formidable impression de lumière que donnent les premières expériences intuitives, parce que celui qui en est l'objet vit maintenant dans la lumière de l'intuition, laquelle n'est rien d'autre que le niveau de l'amour spirituel, ou, selon une expression de Spinoza, de l'amour intellectuel. En termes d'électricité on dira qu'il n'y a plus, par rapport aux premières expériences, de différence de potentiel. On est de plain pied avec les idées.

  Une attitude mentale d'expectative est une porte ouverte aux idées.