Le mariage

 

 

 

    Si on lui ôte son aspect formel, à savoir le fait de passer devant le maire ou à l'église, le mariage est une évidence. C'est une évidence de la nature, et spécialement de la nature humaine. Mais la relation n'a aucunement à être authentifiée par une autorité extérieure quelconque. On sait déjà que la sanction légale n'a de sens que par rapport à des intérêts administratifs ou financiers. Quant à l'église, il faut beaucoup de prétention pour imaginer que l'intervention d'un prêtre puisse signifier une approbation divine. Une relation de couple concerne le couple, et personne d'autre. Si l'on a pu croire nécessaire d'inscrire dans le marbre les alliances humaines, une recherche de stabilité a pu en être la raison, alors que tant de couples étaient, ou sont, mal assortis.

 

    Libérer le mariage de l'empreinte d'une autorité extérieure ne signifie cependant pas un plaidoyer pour la licence. Ce n'est pas une invitation à la multiplication des expériences, à la polygamie et aux trahisons de toutes sortes. Il s'agit simplement de dire la liberté des gens. Parce que la fidélité dans un couple est naturelle, mais à condition qu'elle soit fondée sur un appariement correct et soutenue par une qualité de relation suffisante. Or, le plus souvent on observe de grandes disparités et une qualité relationnelle médiocre ou mauvaise, et le plus souvent au détriment de la femme.

 

    Au coeur de la pratique du mariage se trouve la notion de polarité. Notion évidente à tout un chacun, mais cependant trop souvent mal comprise. Tout le monde sait que des polarités semblables tendent à s'opposer, quand les opposés s'attirent mutuellement comme des complémentaires. L'une des polarités est dite "positive" quand l'autre est appelée "négative". La confusion commence là. L'idée d'une polarité positive est indûment associée à celle de supériorité. Ce que, sur le plan physique, semble confirmer la plus grande force masculine. C'est en réalité une pure illusion puisqu'elle méconnaît la puissance du négatif, comme il y a un dynamisme du positif. Les polarités n'ont strictement rien à s'envier. Ce sont deux aspects de la réalité d'une égale dignité. Il semble que les chinois, avec leur distinction du Yin et du Yang, reconnaissent une simple division du réel en deux phases d'égale importance.

 

    D'ailleurs, cette distinction d'un pôle positif et d'un autre négatif s'étend au delà du domaine de la sexualité et du plan physique. On la trouve au niveau de l'affectivité comme du mental. On dira, par exemple, que le fonctionnement intellectuel, purement intellectuel, est de polarité positive, alors que le fonctionnement intuitif est "négatif". On crée des concepts tandis que l'on capte l'intuition. Il ne viendra cependant à l'idée de personne de penser que l'intuition intellectuelle est d'une nature inférieure au maniement des idées par le mental concret ou spéculatif. On peut ainsi être positif sur le plan sexuel, négatif affectivement, et positif ou négatif sur le plan mental. Sans compter qu'il existe aussi une polarité dans le domaine de la spiritualité. C'est d'ailleurs une raison pour laquelle on attribue habituellement aux dieux des "conjoints", si toutefois on peut utiliser un terme aussi éloigné de la vérité quant aux relations qu'entretiennent ces entités. Il s'agit ici d'une simple analogie, analogie qui dit cependant l'universalité des polarités.

 

 

     Le mariage est une évidence de la nature parce que les polarités s'attirent, d'une part, et que, d'autre part, l'être humain tend  spontanément à l'approfondissement de la relation. Il aspire à l'unité perdue, ce qui passe normalement par l'établissement de rapports harmonieux. Mais le couple oscille habituellement d'un pôle à l'autre de la relation. Il accorde une priorité à l'un des partenaires, puis à l'autre, en fonction des désirs, des intérêts ou d'une prétendue supériorité. Le plus souvent un équilibre s'établit en effet quand l'une des personnes prend le dessus, imposant ses choix de manière prépondérante. Tel n'est pas, cependant, le but à poursuivre dans un couple. La stabilité ne doit pas résulter de la domination de l'un sur l'autre, mais de l'harmonie établie à force de considération et de respect du conjoint. Le couple est ainsi un lieu d'apprentissage. En prenant appui sur l'amour initial, quel qu'il soit, passionné ou raisonnable, le couple, par mesures d'adaptation, par de petits sacrifices librement consentis, le couple, donc, va construire une véritable vie commune. L'harmonie qui résulte d'une complète adaptation de l'un à l'autre est une richesse très souvent insoupçonnée.   

 

 

    Pour beaucoup d'individus, l'union de deux personnes dans un couple apparaît comme un aboutissement, alors que l'on devrait y voir un commencement. L'être humain étant par nature à la recherche d'un complément,  qu'un autre satisfasse à notre attente fera considérer l'union comme une fin en soi. Ce que l'on fête, parfois bruyamment, aux noces célébrées avec le maximum de faste. L'idée sous-jacente est que, puisque l'on s'est trouvés et que l'on s'aime, l'harmonie est déjà là, promettant une existence sans heurts. Mais, à supposer que le couple soit uni sur la base d'un large accord des dispositions mutuelles, un travail sera cependant nécessaire pour établir une complète harmonie. Or, les couples sont rarement bien appariés. Il y a même souvent des disparités telles que la relation est vouée à l'échec. De trop grandes différences de sensibilité, par exemple, entraînent forçément des mésententes. L'accord devrait être étudié non seulement sur le plan physique, mais aussi quant à la sphère de l' affectivité et à une convergence d'intérêts culturels, voire spirituels. Alors même une adaptation est nécessaire. Partir avec cette idée d'une nécessaire adaptation est une facteur probable de réussite. Les choses ne sont pas faites avec le mariage, elles commencent.

 

     La notion centrale dans la recherche d'une vraie harmonie est le respect. Le manque de respect est le plus souvent, chacun le sait, la responsabilité des hommes plutôt que des femmes. Et si le féminisme est légitime dans ses revendications, c'est surtout sur ce point qu'il devrait s'engager, plutôt que de s'attacher, comme on le voit de plus en plus, à des points de forme sans grande portée. Dès lors qu'un individu en craint un autre, c'est que le respect manque quelque part. C'est un premier signal nous disant clairement qu'une chose ne va pas, qu'il faut parler et rétablir le respect. Et cela est vrai dans la cellule sociale de base comme dans la société globale. Mais les habitudes et l'exemple se construisent (pour les enfants), dans le quasi huis clos de l'unité familiale. D'où l'importance de cette cellule.